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1ères rencontres Aujourd'hui l'histoire des bourgognes

Beaune - Samedi 16 avril 2005


Vous pouvez commander les actes du colloque directement auprès du C.H.V.V. http://www.chvv.org. Les interventions développées seront publiées dans les cahiers N°5 du C.H.V.V.

Le temps de chaque intervention étant de 20 minutes les sujets, pour certains très denses, n’ont pas pu être développés en totalité mais le seront dans les écrits.

Le colloque a tout de même réuni plus d’une centaine de participants issus de tous les milieux ayant trait à la vigne et au vin ce qui est déjà une réussite ; négociants, viticulteurs, chercheurs, bourguignons certes, mais on peux noter également la présence de nos voisins franc-comtois et du Beaujolais.

C.H.V.V.
B.I.V.B.

Voici donc un bref résumé selon le déroulement chronologique de la journée :


9 h 30 : Introduction par Jean-Luc Mayaud, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lyon II, président scientifique du colloque.

10 h 00 : Paul Delsalle (maître de conférences en histoire moderne à l’université de Besançon), « Qu’est-ce qu’une vigne dans le comté de Bourgogne aux XVIe et XVIIe siècles ? »

Pour rappel, le Comté de Bourgogne au XVIème et XVIIème correspond à la Franche-Comté actuelle.

Du point de vue traditionnel les superficies se comptent en ouvrées. Tout le monde sait qu'une ouvrée représente 4 ares 28 (428 m²) aujourd'hui en Bourgogne. Mais il est intéressant de noter qu'une ouvrée semble pouvoir être adaptée, sans doute, à la topographie du lieu. Il est évident que le travail d'une personne sur une journée couvrira une superficie plus importante sur un terrain plat que sur un coteau très pentu.

Aux XVIème et XVIIème on compte soit en ouvrée qui correspond à 3 ou 4 ares, mais aussi en nombre d'hommes. Il est plus rare de compter en journal (comme à Dole par ex.). Jusqu'à la Révolution, les superficie varient énormément.

On trouve d'autre unités de mesure comme le carreau ou quarteau correspondant à 2 ouvrées et le soillon (écrit phonétiquement !) valant également 2 ouvrées du côté de Lons-le-Saunier.

A quoi ressemble une vigne ? Si l'on se réfère aux gravures (voir logo du CHVV crescentiis vers 1495) il semble que la culture se faisait sur échalas avec des perches horizontales dans le pays comtois. Il est néanmoins plus difficile de décrire la disposition de ces cultures viticoles.

Pour les cultures on parle de vignes en désert, qui ne sont pas des friches (toppes pour les Bourguignons) mais des vignes non entretenues.

Qu'est-ce qu'une vigne comtoise ? Il s'agit d'une parcelle cultivée réunissant plusieurs cultures ; vigne, légumes et arbres fruitiers. On trouve aussi de l'osier qui permettait de lier les sarments des échalas.

Dans le pays comtois on a affaire à une polyculture incluant la vigne. Il est cependant difficile d'établir la part exacte qu'occupe cette dernière. La question reste de savoir si on a affaire à des vignes potagères ou à des potagers dans lesquels on plante quelques ceps. D'ailleurs les vignerons vivent dans les faubourgs . Ils ont beaucoup de petites parcelles de vignes mais font beaucoup d'autres choses afin de subvenir à leurs besoins. Il ne s'agit donc pas d'une mono activité.

(Ainsi que le demande M. LATOUR, l'exemple franc-comtois est-il comparable à la Bourgogne ? Selon lui les vignerons bourguignons s'adonnaient uniquement à la culture viticole.

Mais on ne peut s'empêcher de penser à quelques exemples comme le Clos des Lambrays qui avait encore il n'y a pas si longtemps son ouvrée de jardin potager et même le Clos de Vougeot si l'on considère la gravure du début du XVIIIème (conservée aux Archives départementales de la Côte d'Or 1718/1730) montrant un verger et des cultures sans la partie haute au dessus et autour des bâtiments de la cuverie et du cellier. (voir p. 36 Le Clos de Vougeot collection les Grands Bernard de France - J.F. Bazin)

Une autre question est soulevée, peut-on savoir si des éléments permettent d'établir les rendements qui étaient obtenus à l'époque. Il semble que oui et que l'on peut estimer que les rendements tournaient autour de 5 à 7 hl/ha en précisant tout de même que le rendement n'est jamais recherché par les vignerons)


10 h 30 : Jean-Pierre Brelaud (professeur agrégé d’histoire, doctorant en histoire médiévale à l’université de Bourgogne), « la mise en valeur du domaine viticole de quelques fondations beaunoises à la fin du Moyen Age »

Jean-Pierre BRELAUD

  Professeur agrégé d'histoire au lycée d'Autun.

Travaux en cours

  Ses travaux sont centrés sur l'histoire religieuse à la fin du Moyen-Age à Beaune. Après avoir réalisé un mémoire de maîtrise sur les chanoines de la collégiale de Beaune au XVè siècle, il prépare une thèse sous la direction de Vincent Tabbagh sur les établissements religieux de cette ville.

  Titre de la communication

  La mise en valeur du domaine viticole de quelques fondations beaunoises à la fin du Moyen-Age.


11 h 00 : Hannelore Pepke-Durix (docteur en histoire), « les débuts de la constitution du domaine viticole de l’hôtel-Dieu de Beaune »

Hannelore PEPKE-DURIX

  Docteur en Histoire.

  Travaux en cours

  Dans le cadre de sa thèse : les contacts entre la ville et la campagne aux XIVè et XVè siècles : le marché de Dijon, elle a notamment étudié le vignoble et les vignerons de la région dijonnaise.


11 h 30 : Yvette Darcy (archiviste aux Archives municipales de Beaune), « les vignes d’un aristocrate beaunois au milieu du XVIIIe siècle »
Yvette DARCY-BERTULETTI

 Archiviste aux Archives Municipales de Beaune

Travaux universitaires :

Mémoire de maîtrise de l’Université de Bourgogne 1971 : Beaune à la fin de l’Ancien Régime et aux débuts de la Révolution sous la direction de Daniel LIGOU – 204p.

  Principales publications :

  - Actes du 59ème Congrès de l’Association Bourguignonne des Sociétés Savantes – Beaune 1991 : « Beaune au printemps 1789 ». p. 31 à 37

- Recueil des travaux du CBEH tome 21- 2003 : « 1789 et 1790 … Deux étés d’insurrection révolutionnaire à Beaune ». p. 90 à 127

  Thèmes de recherche :

  Le domaine viticole d’un aristocrate beaunois du XVIIIème siècle, Pierre Parizot.

L’immigration à Beaune de 1850 à 1950

  Résumé de l'intervention

  C’est par hasard des connaissances personnelles que les papiers d’une vielle famille beaunoise, descendante de la lignée des Parizot, sont venues à la connaissance des Archives de Beaune. Il y était question d’un personnage presque inconnu dans l’historiographie locale, Pierre Parizot. Son parcours nous a d’emblée paru intéressant par l’énigme que représentait une brillante réussite sociale, signalée par une charge de maître ordinaire à la chambre des comptes de Dijon, et un fief à Saint Loup de la Salle. Ces éléments contrastaient avec le vide apparent qui entourait cette existence : très peu de traces du père, disparition de la lignée directe après lui. Très vite, il est apparu que le commerce du vin était à l’origine de cette réussite, et c’est l’étude des facteurs et des conditions de cette ascension sociale par le vin que nous nous proposons de présenter.


12 h 00 : Eliane Lochot (conservatrice en chef des Archives municipales de Dijon), « l’évolution des structures du vignoble côte-d’orien : le témoignage du docteur Jules Lavalle »

Eliane LOCHOT

Conservateur aux Archives Municipales de Dijon.

A contribué à la création du Centre d'histoire de la vigne et du vin. Elle a notamment publié en collaboration avec Marion Leuba et Marion Demossier les Saints protecteurs de la vigne en Bourgogne

Titre de l'intervention

  Les structures foncières du vignoble : le témoignage du Docteur Lavalle.

  Résumé

  En 1855, le docteur Jules Lavalle publie Histoire et statistiques de la vigne et des grands vins de la Côte-d'Or. Ses collaborateurs sont l'archiviste Joseph Garnier et le pharmacien Emile Delarue.

L'ouvrage constitue un prélude au Plan statistique des vignobles produisant les grands vins de Bourgogne initié par le Comité d'agriculture de l'arrondissement de Beaune et de viticulture de Côte d'Or. L'étude du docteur Lavalle vise à promouvoir les vins fins produits en Côte d'Or. Il s'attache à mettre en avant les climats où sont plantés des cépages nobles. De plus, pour chaque commune, les principaux propriétaires sont identifiés et les superficies de leurs vignes minutieusement énoncées. Ce remarquable travail, très documenté, permet donc de dresser un état des structures foncières du vignoble côte-d'orien au milieu du 19ème siècle. Le milieu viticole local est alors troublé par l'expansion des plantations en cépages communs et la concurrence d'autres vignobles.


14 h 30 : Claude-Isabelle Brelot (professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lyon II), « les châtelains et la promotion des vins du Jura au XIXe siècle »

Château, grande propriété domaniale

et promotion des vins du Jura (XIXe-XXe siècles)

Claude-Isabelle BRELOT,

Professeur d’histoire contemporaine à l’Université Lyon 2

(EA 3728, Laboratoire d’études rurales)

« Bon vin n’a pas besoin d’enseigne » (1829-1856)

Une notoriété confidentielle

Confidentielle est au début du XIXe siècle la qualité des « vins de garde » que récoltent sur leurs terres nobles et châtelains jurassiens. Certes, ils en font volontiers les honneurs à leur table. Ils s’enorgueillissent même de cette production de l’économie domaniale à laquelle ils donnent ses lettres de noblesse. Reste que cette satisfaction toute narcissique suffit à ces aristocrates. S’ils se font les premiers vecteurs de la notoriété du vin jaune, du vin de paille et des vins blancs, s’ils manifestent leur intérêt par l’extension de leur vignoble, ils ne paraissent point spéculer sur leurs vins comme ils le font sur leurs rentaires de blé. La commercialisation est le fait des petits vignerons.

La défense de la qualité par la grande propriété

La préoccupation des grands propriétaires est plutôt de défendre la qualité de leurs vins contre la surenchère à la quantité qui se fait jour de la fin du XVIIIe siècle à 1829 : le gamet envahit les parcelles aux dépens des plants fins de façon à satisfaire la demande traditionnelle de la Suisse et des villes comtoises.

logique physiocratique (1856-1911)

Des initiateurs

Au fil du XIXe siècle, la vogue de l’agronomie et les préoccupations physiocratiques conduisent à une lente pénétration de la logique commerciale dans la gestion des domaines. Ce sont les grands propriétaires titrés qui présentent leurs vins aux expositions universelles et qui confèrent ainsi une première notoriété à leurs productions vini-viticoles. Les initiatives des châtelains de l’Etoile précèdent de plus de trente années la création de la coopérative viticole, d’ailleurs patronnée par le château de Persanges. En Arbois, le comte de Broissia obtient une mention honorable à l’exposition universelle de 1867. Mais les limites de la gestion domaniale ne sont pas dépassées.

  Développement du négoce local

La commercialisation est concentrée par les négociants des villes du vignoble - dont l’histoire reste à écrire - : la maison Billot, fondée à Lons en 1835, la maison Cartier, créée à Poligny en 1833, relayées par une dizaine de concurrents, ne monopolisent d’ailleurs pas toute l’activité puisqu’un Bourguignon, Parisot, du Clos de Myarle, essaime à Lons en 1907. Commercialisation limitée, cependant : le Prince Auguste d’Arenberg, propriétaire de 30 hectares de vignes au cœur d’un vignoble qui donne de bons vins jaunes, se garde bien d’emparticuler ses vins, alors que ceux qui s’aventurent au concours général se découvrent une clientèle, tel Edouard Dejean de Saint-Marcel, qui blasonne bouteilles et publicité.

La  percEe commerciale des vins du jura (1911-1960)

  Bref, on serait tenté de faire de la notoriété acquise par le vignoble jurassien au XXe siècle l’œuvre des coopératives viticoles et d’Henri Maire. En fait, ce serait ignorer le rôle plus discret – mais effectif – qu’ont joué d’autres facteurs :

  L’émergence d’un groupe de pression régionaliste, avec Le Jura français, syndicat général d’initiative créé en 1911, et plusieurs revues ;

  La reconstitution du vignoble après le phylloxéra, favorisée par les syndicats viticoles (Syndicat des vignerons de Château-Chalon, 1933) et les coopératives vini-viticoles (1906 à 1912)

   Les « vins et forêts » du marquis de Vogüé

A Arlay, le marquis L. de Vogüé, héritier du Prince d’Arenberg et président de la Société des viticulteurs de France, crée un vignoble de plants greffés de 5 hectares qui lui vaut un prix de spécialité au concours régional agricole de Lons-le-Saunier en 1925.

  Son régisseur, Georges Tournier, de 1911 aux années 1960, l’a brillamment secondé. Lui aussi lauréat du concours de 1925, président de la Société de viticulture du Jura, vice-président de la Chambre d’agriculteur dans les années 1950, il s’est impliqué de façon décisive dans la mise en œuvre des connaissances et des recherches œnologiques ainsi que dans l’exportation lointaine des vins du domaine. Avec lui commencent l’entrée en publicité et l’histoire publique du domaine du château d’Arlay.

  Ainsi, la réussite de l’AOC Côtes du Jura associe coopératives et grandes propriétés châtelaines, au terme d’une présence invisible mais réelle. La grande propriété a réussi à se rendre supportable.


15 h 00 : Christophe Lucand (professeur agrégé d’histoire, doctorant en histoire contemporaine à l’université de Bourgogne), « le négoce viticole bourguignon de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle : entre stratégies commerciales et politiques foncières »

  Le négoce  compte de grandes famille importante jusqu’au phylloxéra en 1878. En 1900 on compte environ 200 établissement de négoce sur Beaune (40%), Nuits-Saint-Georges et Dijon (40 négociants). La plupart des négociants sont des marchands étrangers venus s’installer en Bourgogne et en particulier sur Nuits-Saint-Georges.

Le négociant pratique des assemblage, apporte des « améliorations » en fonction de son identité. Il fabrique un vin à son image, un vin de marque, pas un vin de terroir.

Le négociant adopte une politique commerciale en achetant des vins étrangers et notamment en Espagne, en Italie et en Algérie. Le développement intensif du vignoble algérien en est d’ailleurs le résultat.

Au sortir de la crise phylloxérique, cette politique d’achat de vins étranger est moins onéreuse que l’entretien et la replantation des vignes ravagées par le fléau.

C’est également l’époque où l’on voit apparaître les vins falsifiés ; vins de sucre, vins de pépins, vins de raisins secs voir colorés artificiellement. C’est l’expansion du marché du faux ; faux Clos de Vougeot, faux Chambertin …etc.

L’amorce de lutte contre la fraude viendra aussi au sein même des négociants et sera menée par les négociants propriétaires contre le négoce pur.

Il est intéressant de voir l’évolution de la politique des négociants au cours du XIXème et du XXème . Acteurs de la promotion jusqu’au phylloxéra ils desserviront la région à des fins commerciales après les ravages fait par cet insecte et même si ils prennent un virage pour lutter contre les abus et dérapages de certains l’image du négoce et des bourgognes en a sérieusement pâti.


15 h 30 : Gaëlle Charcosset (doctorante ; laboratoire d’études rurales, université de Lyon II), « l’excellence viti-vinicole avant les A.O.C. : Brouilly et Côte de Brouilly à la charnière des XIXe et XXe siècles »

Journée de Beaune – 16 avril 2005 : La vigne et les hommes, Bourgogne et alentours. Propriétaires et propriétés ? ou Exploitants et exploitations ?

Proposition de communication

Titre : L’excellence viti-vinicole avant les AOC : Brouilly et Côte de Brouilly à la charnière des 19e et 20e siècles

Créées à la faveur de la loi sur les AOC, les appellations Brouilly et Côte de Brouilly recouvrent des réalités plus anciennes, attachées à un élément spatial clairement identifiable, la colline du même nom, et clairement identifiées dans les matrices cadastrales. Mais au cours des 19e et 20e siècles, les superficies ainsi désignées sur la commune d’Odenas sont mouvantes : totalisant environ 180 ha en 1822 et près de 189 ha au début du 20e siècle, elles chutent à environ 150 ha après la rénovation cadastrale de 1914. Elles ne constituent en outre qu’une partie infime des parcelles dont les récoltes donnent droit à l’une de ces deux appellations : la procédure des AOC a donné lieu dans cette commune à un glissement de l’identité territoriale : le « cru » Brouilly connu et reconnu comme tel à la fin du 19e siècle reçoit en 1938 l’appellation de Côte de Brouilly tandis que sont classés en Brouilly les « crus » dits de Pierreux, du Jacquet, de la Chaize, de Nervers et de Garanches. Chacun de ceux-ci pris individuellement n’aurait certainement pas pu prétendre à l’appellation et recouvrant de faibles superficies n’aurait pas trouvé les appuis suffisants pour se promouvoir. Plusieurs logiques ont œuvré à la mise en place des appellations :

- une logique extra-communale qui a pris du temps pour se constituer : l’appellation de Brouilly s’exprime comme enjeu dès la fin du 19e siècle : devenue un produit commercial, Odenas et Saint-Lager, les deux communes concernées au premier chef, cherchent à s’approprier et à accaparer l’appellation au détriment de l’autre. Les débats devant le conseil général développent une multitude d’arguments (historiques, démographiques, commerciaux, de qualité du produit) et mettent au jour une lutte politique, qui, à défaut de voir un groupe triompher de l’autre, s’achève en statu quo ;

- deux logiques complémentaires en terme de gestion commerciale : l’une, restrictive, a voulu conserver et isoler la réputation du meilleur cru tout en prenant le risque de modifier son nom ; la seconde, englobante, n’a voulu exclure aucun des exploitants et des propriétaires — intéressés du fait d’un faire-valoir indirect en métayage — des nouvelles dispositions ;

- en filigrane, transparaît enfin une logique de la qualité qui s’impose à des exploitants touchés par plusieurs crises successives (le phylloxéra puis les crises de mévente dues aux effets conjugués d’une surproduction et d’une concurrence accrue). À la reconnaissance de la qualité intrinsèque du produit par son terroir de production s’associe celle d’un savoir-faire et d’une identité spécifique dépassant les clivages sociaux traditionnels : au cours des premières décennies du 20e siècle, les statuts de propriétaire et de vigneron s’effacent ainsi au profit de la profession de viticulteur. Le suivi parcellaire des lieux-dits de Brouilly et de Côte de Brouilly, d’une part, le suivi des micro-mobilités intra-communales des hommes à travers les listes électorales d’Odenas, l’emploi des palmarès de concours et des décorations du Mérite agricole, d’autre part, sont destinés à préciser les modalités et la chronologie de cette reconnaissance en qualité au tournant des 19e et 20e siècles.

Gaëlle Charcosset


16 h 00 : Olivier Jacquet (doctorant en histoire contemporaine à l’université de Bourgogne), « le développement des mouvements coopératifs en Bourgogne de 1905 à la Seconde Guerre mondiale : l’émancipation collective de la petite propriété viticole »

Olivier Jacquet nous rappelle que l’établissement des caves coopératives se fait au départ sur le modèle allemand qui compte sa première coopérative en 1868. L’Alsace, proximité géographique évidente, est la première à adopter le modèle allemand.

L’origine de la création des caves coopératives vient de la crise viticole mais pas uniquement.

Le mouvement coopératif s’étend rapidement sur le territoire (la toute première de France est créée dans l’Hérault en 1901). Ce mouvement s’amplifie surtout dans le Sud de la France et on compte 79 caves coopératives sur le territoire français en 1914, la majorité étant située dans la partie méridionale, et en particulier dans le département du Var.

La première zone bourguignonne à adopter la coopération est le département de la Côte d’Or,  qui compte sa première cave coopérative dès 1909 à Vosne-Romanée à l’initiative d’Albert Noirot, président du syndicat général des appellations de la Côte, et propriétaire, par ailleurs, de 3.5 ha de vignes.

Morey-Saint-Denis et Gevrey-Chambertin, en 1937 suivront l’exemple de Vosne-Romanée. Sur Gevrey, la cave regroupe 70 adhérents recouvrant plus de 130 ha de vignes.

Le mouvement se développe et l’on arrive à 9 caves coopératives sur le département en 1924 et 18 en 1931.

La majorité d’entre elles sont des caves de production. Peu ne sont que des caves de ventes.

Contrairement à d’autre départements, comme la Saône et Loire par exemple, sur la Côte d’Or, et en particulier sur Vosne-Romanée, on a affaire à une cave de « crus ». Un exemple repose sur les déclarations de récoltes 1920 qui portent sur 50 ha et couvrent Nuits-St-Georges, Flagey et Vosne-Romanée pour un volume total de 935 hl dont 700 hl pour les « crus » (entre autres, les Echezeaux et le Clos-Saint-Denis).

  La vente directe, pour échapper au négoce nécessite la création de norme.

  Le syndicat de la défense de la viticulture bourguignonne, créée par le marquis d’Angerville  et qui regroupe 9 caves coopératives, ne lancera pas moins de 182 procès entre 1920 et 1940 pour lutter contre la fraude.

  Olivier Jacquet nous montre la montée en puissance de la notion de crus et des vins de qualités par le biais des caves coopératives permettant aussi de pouvoir lutter contre les dérapages commerciaux des négociants de l’époque qui, par le biais de d’assemblages fabriquent un vin de marque et non pas un vin reflétant son terroir comme l’a montré également Christophe Lucand.


17 h 00 : Jean Vigreux (maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Bourgogne), « les rouges dans les vignes »

Jean VIGREUX  

Maître de conférences en histoire contemporaine, Jean Vigreux est agrégé et docteur en Histoire

Sa thèse sur Waldeck Rochet (direction de Serge Berstein, IEP Paris 1997) l’a conduit à travailler sur l'histoire du communisme rural.

Résumé de l'intervention

  Les Rouges dans les vignes

Cette communication proposera une étude du communisme français face à la propriété ; il s'agit d'une question centrale dans l'histoire politique du PCF puisque le programme diffère du modèle collectiviste exalté dans le monde soviétique et des démocraties populaires.

En quoi ce programme doctrinal est-il original en défendant la "petite propriété "? Derrière les thèses et les résolutions, il y a aussi les pratiques politiques du PCF, sa culture politique en direction du monde rural qu'il faudra examiner à l'aune du monde viti-vinicole.

La presse spécialisée en particulier La Terre de Waldeck Rochet est un support essentiel pour analyser ces pratiques, sans oublier non plus la mémoire communiste, les usages du passé, comme les luttes viticoles de 1907 réutilisées en 1947.

Enfin, il sera aussi utile de s'interroger sur les acteurs, les militants, les cadres et parfois les élus communistes du monde de la vigne.


17 h 30 : Violette Faivre (étudiante en master d’études rurales ; laboratoire d’études rurales, université de Lyon II), « viticulteurs du Beaujolais en multifonctionnalité : le cas de Brouilly au début du XXIe siècle »

Recherche issue d’un travail de maîtrise, elle se penche sur la multifonctionnalité de la vitiviniculture dans le Beaujolais et plus particulièrement dans deux AOC, Brouilly et Côte de Brouilly. Cette activité et la société qui en est le moteur sont-elles multifonctionnelles, sont-elles à l’origine d’externalités positives générées par l’activité productrice ? A partir d’enquêtes auprès des différents acteurs de la vitiviniculture, trois formes majeures de multifonctionnalité ont été dégagées. D’une part, l’ensemble des viticulteurs tend à devenir plus respectueux de l’environnement grâce à des pratiques plus raisonnées, qui est une multifonctionnalité revendiquée. D’une autre part, la société vigneronne apporte un fort dynamisme économique au territoire, par la présence dans l’espace, le nombre d’emplois générés, le développement du tourisme et l’organisation des vendanges manuelles. Enfin, la transmission d’un vaste patrimoine (savoir-faire, culture, bâti ancien, paysages) s’opère à travers certaines pratiques qui sont de plus en plus abandonnées par manque de rentabilité économique, phénomène lié au contexte de crise actuel.


En adressant nos remerciements à :

Jérôme Sirdey

président du C.H.V.V.

 

Sonia Dollinger

secrétaire générale du C.H.V.V.

Philippe Trollat pour le B.I.V.B.

Prochaines rencontres Aujourd'hui l'histoire des bourgognes en 2007.

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